En Suisse, la prise en charge des patients Alzheimer est plus coûteuse à domicile qu’en EHPAD

Un paradoxe, au regard de la situation actuelle en France, mais qui pourrait néanmoins survenir si l’on s’en tient aux problèmes posés par la prise en charge d’une dépendance très lourde, pendant un grand nombre d’années. Ainsi, une octogénaire suisse atteinte d’Alzheimer depuis plus de 10 ans et dont l’état n’a cessé de s’empirer à domicile, nécessitant des soins de plus en plus importants et coûteux, s’est vu refuser la prise en charge totale et illimitée par l’assurance-maladie évaluée à 100 000 francs (suisses) par an à domicile contre 40 000 francs en établissement…

Le tribunal fédéral vient en effet de donner raison à la Caisse d’Assurance Maladie qui refusait de continuer à rembourser à l’octogénaire des soins à domicile devenus exorbitants, en raison de son état de totale dépendance engendré par la maladie d’Alzheimer à un stade sévère. (Source: Le Matin 18/03/2013)

« Eu égard aux bénéfices limités des soins fournis à domicile et de la disproportion manifeste entre le coût d’une prise en charge dans un établissement ou à domicile, qui se révèle 2,56 fois plus cher, il juge que la mesure ne répond plus au critère de l’économie des soins (…)L’effort exigé de la part de l’assurance obligatoire des soins et, à travers elle, de la communauté des assurés, qui se monte à plus de 100’000 francs par an ne correspond plus, compte tenu de la solution alternative à disposition, à ce que l’on peut considérer comme relevant d’une gestion économique et rationnelle de l’assurance-maladie sociale» conclut le Tribunal Fédéral.

Si une telle décision de justice peut surprendre, voire choquer, peut-on envisager une situation similaire en France ?

Alors que la politique de maintien à domicile se développe au fil des ans, afin de garantir à ceux qui le souhaitent une prise en charge médicale suffisante, ainsi qu’un panel d’aides tels que le portage de repas, la présence d’une auxiliaire de vie ou d’une aide-ménagère, ce maintien à domicile repose essentiellement sur la solidarité familiale, et en clair sur les épaules déjà très fragilisées de conjoints vieillissants, ou dans le meilleur des cas, d’enfants bienveillants ou renonçant à une grande partie de leurs activités professionnelles et familiales.

Cette prise en charge là a un coût, bien que partiellement rémunéré par la collectivité. Lorsqu’il n’y a pas d’aidant à la maison, le prix d’une garde malade de jour comme de nuit, entièrement à la charge de la famille, peut très vite dépasser la facture mensuelle d’une maison de retraite médicalisée. D’autant plus si la situation perdure des années, entrainant également des aménagements au sein du domicile, limitant l’accès à des soins plus performants, ou obligeant à des hospitalisations à répétition, loin d’être totalement gratuites.

A travers une étude pointue, l’association Ufc-Que Choisir, dresse un état des lieux du coût de la dépendance des personnes âgées:

« La durée moyenne d’un épisode de dépendance est de 4 ans. A partir des estimations de coût mensuel à la charge des familles, on peut évaluer le coût total moyen de la prise en charge d’une personne dépendante à 67 000 € à domicile, et entre 106 000 € et 140 000 € en EHPAD. »

Le rapport estime que: « Les personnes dépendantes sont confrontées à des frais très conséquents de prise en charge, à domicile comme en établissement. « 

Et cela malgré les différentes aides sociales telles que l’APA, l’aide au logement, l’Aide Sociale à l’hébergement, les déductions fiscales

« Selon des études récentes, la participation mensuelle directe des personnes dépendantes s’élève en moyenne à 2200 euros en établissement en zone rurale et à 2900 € en zone urbaine. A domicile, il est évalué à 1400 €. »

Tandis que la retraite moyenne se situe en France à environ 1200 euros mensuels.

Ainsi, pour répondre aux besoins croissants de la part des familles d’une prise en charge médicale et sociale de qualité pour leur proche, la solution préconisée par l’UFC-Que Choisir, serait, entre autres, d’instaurer « un bouclier dépendance » en fonction du degré et du nombre d’années passées en état de dépendance.

Une mesure qui passe par la réforme tant attendue et promise par le gouvernement pour la fin de l’année, et qui ne peut peser sur la seule solution de l’assurance dépendance privée longtemps évoquée.

Garantir à nos ainés le droit de vieillir dans la dignité, en s’appuyant de manière équilibrée sur la solidarité familiale et nationale, constitue un des grands défis de cette réforme de la dépendance.

Mots-clefs : , , ,

Laisser une réponse

Le blog des maisons de retraite Alzheimer
Le numéro de www.maison-de-retraite-alzheimer.fr
photo de maisons de retraite Alzheimer